UNDERTONE

Par Samw

Undertone - A24

PRÉSENTATION DU FILM.

Dans Undertone, on est immédiatement enfermé dans un huis clos, celui d’une maison qui intrigue justement parce qu’elle ne semble pas hostile au premier regard. Elle est même plutôt rassurante et presque chaleureuse.

Le papier peint jauni, l’horloge trop bruyante, les références religieuses posées un peu partout, la vieille vaisselle… Tout rappelle ces intérieurs que l’on associe facilement à une maison de grand-mère. Un lieu familier, rassurant en apparence, mais qui, à force d’insister sur ces détails, finit par devenir étrange et presque dérangeant.

Si cette maison ressemble autant à une maison de famille, c’est parce qu’elle en est une. Cette maison est celle d’une mère. Une mère désormais invalide, inconsciente, incapable de parler, de s’alimenter ou de boire par elle même, maintenue en vie dans un état presque artificiel.

C’est cette situation qui pousse sa fille, Evy, à revenir s’occuper d’elle.

Undertone - A24

EVY.

Evy est une jeune femme seule. Elle garde un lien avec Justin, avec qui elle anime un podcast en ligne, mais en dehors de cela, rien n’indique réellement la présence d’un cercle proche ou d’amis autour d’elle.

La seule autre présence qui subsiste est celle de sa mère, à laquelle elle adresse parfois quelques mots, malgré son état d’inconscience.

Le film renforce cette impression de solitude en faisant le choix, dans une scène, de ne pas montrer le seul personnage qui partage ponctuellement la même pièce qu’elle. Comme si, autour de Evy, tout le reste s’effaçait. Elle avance dans cet espace réduit, comme détachée du monde extérieur, ramenée à deux points fixes : son podcast et sa mère.

Undertone - A24

JUSTIN ET LE PODCAST “THE UNDERTONE”.

Evy co-anime avec son ami de toujours Justin : THE UNDERTONE, un podcast consacré au paranormal, dans lequel ils explorent des sujets envoyés par leurs auditeurs.

Malgré une enfance imprégnée de prières et de catholicisme, Evy occupe le rôle de la sceptique du duo, tandis que Justin incarne celui qui croit et défend l’existence du paranormal. Une opposition de caractères assez classique (coucou X-Files), que les deux ont d’ailleurs fini par amplifier volontairement pour les besoins du podcast, allant jusqu’à parler de “revenir dans leur personnage” à chaque début d’enregistrement.

Les enregistrements, sans doute pour renforcer l’immersion, ont lieu tard dans la nuit et se déroulent en plusieurs parties. Les deux se retrouvent en ligne, chacun depuis son espace.

Evy dispose d’un équipement de milieu de gamme, typique des créateurs de contenu indépendants, avec notamment un micro Electro-Voice RE20 et une interface audio Focusrite Scarlett branchés à un Mac qu’elle installe dans le salon. Elle prépare ses notes en amont, tandis que Justin introduit les histoires. Ensuite, le podcast s’installe dans un échange plus libre, entre écoute et débat.

Une formule qui n’a rien d’inhabituel, de celles qu’on pourrait écouter le soir, dans le noir, bien au chaud sous la couette.

Mais dans le cadre de leur nouvel épisode, Justin reçoit cette fois-ci par mail plusieurs fichiers audio, qu’ils n'auraient sans doute préféré ne jamais avoir ouvert.


DERRIÈRE LE FILM.

Nous avons vu ensemble l’histoire globale de Undertone et avant de poursuivre avec une critique plus détaillée de l’œuvre, qui comportera évidemment beaucoup de spoilers, je vous propose de revenir sur les coulisses de sa production, afin que vous ayez toutes les cartes en main pour continuer la lecture dans les meilleures conditions.

iantuason - Instagram

Ian Tuason, le réalisateur du film, s’inscrit dans la lignée de grands noms de l’horreur comme John Carpenter, en puisant directement dans ses expériences personnelles pour nourrir ses récits. Actif depuis les années 2010, il s’est d’abord illustré à travers des courts-métrages, avant de devoir mettre sa carrière en pause au début des années 2020, suite au diagnostic d’un cancer chez ses deux parents (nique le cancer).

Cette période particulièrement éprouvante devient alors le socle créatif de Undertone, notamment à travers l’histoire de ce personnage confronté à la maladie de sa mère. À l’origine, Tuason imagine le projet comme une simple expérience audio, mais celui-ci évolue progressivement vers un véritable long-métrage.

Il parvient finalement à réunir un budget de 500 000 dollars, choisit la maison de son enfance au Canada comme principal lieu de tournage, puis présente son film en festival. Le projet attire ensuite l’attention de A24 et de VVS, qui en assure la distribution. Undertone réalise alors environ 21 millions de dollars au box-office, grâce à une sortie au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie.


STRANGE REVIEW

NE PAS OUVRIR...

Si vous vous êtes aventuré dans cette partie de la page, c’est soit que vous avez déjà vu Undertone, soit que les spoilers ne vous dérangent absolument pas. Aucun jugement ici, de toute façon, vous êtes tous les bienvenus dans ce Strange Review consacrée au film Undertone.

Undertone - A24

CRITIQUE.

Le visionnage de Undertone m’a laissé une impression assez étrange. Plus le film avançait, plus je me laissais prendre par ce qu’il proposait… mais en même temps, plus je voyais aussi ses limites. Une expérience à la fois prenante et frustrante, que je vais essayer de décortiquer avec vous.

UNDERTONE NE FAIT PAS PEUR.

Je vais être honnête avec vous, le début du film m’a assez vite inquiété sur la direction prise par rapport à cette promesse de départ d’un véritable frisson construit autour du son. Le film commence pourtant très bien. Les logos des boîtes de production s’enchaînent, le travail sonore nous plonge immédiatement dans l’ambiance, puis vient l’introduction de Evy et de sa mère.

Je n’ai rien contre ce début en lui-même. C’est simplement que j’espérais peut-être un film entièrement centré sur un podcast qui tourne mal. Mais ça, au fond, c’est surtout une question de goût personnel et pas vraiment un défaut.

Là où le film m’a davantage perdu, c’est dans sa mise en scène. Les plans sont magnifiques, bravo à Graham Beasley, mais ce choix de garder presque constamment le focus sur Evy, même si je comprends l’idée de l’isoler dans le cadre, retire justement une grande partie de la peur que pourrait créer son environnement.

Parce que cette maison familiale un peu inquiétante, avec ce setup de podcast installé au milieu du salon, entouré de portes ouvertes plongées dans l’obscurité, avait tout pour devenir une source de tension permanente. Le problème, c’est qu’en floutant sans cesse l’arrière-plan pour recentrer notre regard sur Evy, le film se prive lui-même de ce qui aurait pu rendre ces scènes bien plus angoissantes. On ne regarde jamais vraiment les coins sombres de la maison, alors que c’est précisément là qu’on devrait craindre qu’il se passe quelque chose.

Ajoutez à ça ce mécanisme un peu trop répétitif du “tu crois qu’il va se passer quelque chose… mais finalement non”, et toute la première demi-heure devient étonnamment peu effrayante, au point de presque faire oublier qu’on est en train de regarder un film d’horreur.

Concernant l’aspect audio, en revanche, j’ai vraiment beaucoup aimé. Le travail est soigné et parfois même impressionnant. Mais ce n’est vraiment pas à la hauteur de ce que le film promet, et surtout, ça ne suffit jamais à le rendre réellement effrayant. L’idée des musiques inversées, par exemple, ne fait plus vraiment son effet depuis des années. Quant aux appels, ils ne deviennent vraiment intéressants que dans la dernière partie du film, ce qui est frustrant, surtout quand on sait que de nombreux projets audio indépendants arrivent à créer de faux appels bien plus réalistes et angoissants.

Couper le son extérieur lorsque Evy met son casque est une très bonne idée. Ça permet de nous concentrer pleinement sur ses échanges avec Justin et sur le podcast. Mais justement, cette mécanique n’est également jamais vraiment exploitée à son plein potentiel.

Au final, rien ne se passe réellement autour d’elle pendant ces moments, et une fois le casque retiré, le film ne prend même pas la peine de rejouer avec les sons de la maison, comme celui de la pendule ou des bruits ambiants. J’aurais aimé que le film s’amuse davantage avec ces contrastes sonores, y compris en dehors des sessions de podcast. C’est quand même tout le principe du film, après tout. Et pour rappel, dans la maison, il y a une femme inquiétante dans le coma qui dort à l’étage, ça aurait été intéressant d’exploiter davantage cette présence.

Il y a justement aussi les plans sur la mère de Evy. L’idée de jouer avec son état de coma pour installer une forme de malaise est bonne sur le papier. Mais à force de suggérer qu’un événement va arriver, sans jamais aller jusqu’au bout, ces scènes finissent par perdre tout leur impact. On s’habitue, et la tension disparaît complètement.

Bon, vous l'aurez compris, Undertone ne fait pas vraiment peur. Et pourtant, c’est là que cette critique devient intéressante, malgré toutes ces promesses non tenues, j’ai quand même beaucoup apprécié le film.

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NINA KIRI DANS LE RÔLE DE EVY.

Evy est littéralement le cœur du film et en porte une grande partie sur ses épaules. Nina Kiri, pourtant souvent cantonnée à des rôles mineurs, notamment dans la série Supernatural, s’imprègne ici pleinement de son personnage et l’incarne avec l’assurance d’une actrice de premier plan. Même lorsque le film peine à instaurer une véritable peur, Evy parvient à nous toucher suffisamment pour maintenir notre engagement dans l’histoire.

On s’attache notamment à sa relation avec sa mère, et l’actrice retranscrit avec justesse ce sentiment d’incompréhension face à la vie, de devoir accompagner un proche condamné, tout en assumant seule la responsabilité de s’occuper de lui.

Malheureusement, le scénario, en particulier lors de la révélation de sa grossesse, pousse le personnage à adopter des comportements parfois incohérents, ce qui peut frustrer. Paradoxalement, ces choix contribuent aussi à installer une atmosphère étrange et presque dérangeante, mais qui s'avère étonnamment captivante par son originalité.

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LE CHARME ÉTRANGE DU FILM ET SES RÉFÉRENCES.

Malgré de nombreux compromis, j’ai fini par vraiment apprécier l’atmosphère du film, même si elle est loin de ce que j’imaginais au départ. On est davantage dans un malaise diffus que dans une véritable peur et il y a cette sensation constante que quelque chose cloche.

Un médecin qui appelle à 3 heures du matin. Une grossesse dont l’origine reste floue, malgré l’appel de Darren, présenté comme le père supposé. Un cauchemar sans explication au milieu du récit. Une référence sortie de nulle part à un plan typique de Sam Raimi. Ou encore des séquences de caméra fixe qui évoquent directement Paranormal Activity. Le film tente énormément de choses, parfois au point de faire naître un “mais pourquoi ?”. Et pourtant, contre toute attente, l’ensemble reste généralement bien intégré.

Le résultat est un équilibre étrange entre film d’horreur amateur, presque expérimental, et production plus ambitieuse. Cette dualité se ressent jusque dans le rythme, très lent, parfois déroutant, qui n’est clairement pas fait pour tout le monde. Mais cette lenteur participe justement à créer un inconfort et une forme de tension passive qui finit à mon sens par fonctionner.

Au milieu de tout ça, on s’accroche à Evy. C’est elle qui maintient le lien et qui donne envie de rester jusqu’au bout. Malgré ses défauts, le film réussit à captiver, précisément parce qu’il ne ressemble pas vraiment à ce qu’on attend de lui.

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L’INTRIGUE.

L’intrigue du film joue la carte de la simplicité. Comme souvent avec les concepts originaux dans l’horreur, elle agit davantage comme un cadre que comme un véritable moteur narratif. Tout gravite autour du podcast, et malgré une conclusion ouverte, l’ensemble reste étonnamment léger en termes de développement.

Ce n’est pas forcément un problème. Une histoire épurée vaut parfois mieux qu’un récit inutilement complexe qui s’effondre sous son propre poids. Au moins, ici, le film reste compréhensible. Mais cette simplicité donne aussi une impression de mécanique un peu artificielle.

L’enquête menée par Justin et Evy en est le meilleur exemple. Elle manque de consistance, avec un Justin qui semble avancer par intuition plus que par logique, et des sessions d’enregistrement trop courtes pour vraiment crédibiliser leur démarche. Le podcast, pourtant au centre du film, aurait mérité d’être bien plus travaillé pour renforcer l’immersion.

La relation avec la mère de Evy, en revanche, apporte une dimension plus intime. Sur le plan émotionnel, certaines scènes fonctionnent réellement, notamment celles où Evy s’occupe d’elle, qui dégagent une forme de réalisme brut. On sent une volonté sincère de montrer l’accompagnement d’un proche en fin de vie. Mais dans un film d’horreur, cette intrigue parallèle peine à trouver sa place. Elle reste en retrait, presque déconnectée de la menace principale, et ne prend réellement sens qu’à la toute fin.

Le film trouve finalement son véritable rythme dans les enregistrements audio et les appels, qui comptent parmi ses moments les plus réussis. Même si leur contenu évoque inévitablement Paranormal Activity, surtout dans les derniers enregistrements, qui rappellent la scène finale du premier et le sort de Micah (désolé pour le spoil), ces séquences parviennent malgré tout à instaurer une tension efficace, portée par une montée en puissance bien mieux maîtrisée.

Au fond, l’histoire repose sur une idée limpide, celle d’une entité cherchant à s’approprier un nouveau-né. Une base simple, mais qui permet justement au film de conserver une certaine cohérence, malgré ses nombreuses limites.

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LA FIN

Je dois l’avouer, je m’attendais à une conclusion bien plus explosive, surtout après cette scène d’aveux de Evy, particulièrement réussie et chargée en émotion. La fin s’enchaîne très vite, et donne une impression de précipitation, voire de confusion.

Puis vient cet écran noir, qui clôt l’histoire sans image et laisse toute la place à l’imagination. Une intention intéressante, mais qui m’a personnellement laissé frustré. Frustré d’avoir été emporté par le film, tout en ayant le sentiment qu’une conclusion plus aboutie, notamment durant ce dernier moment, aurait pu élever l’ensemble.

J’ai évidemment ma propre lecture de cette fin, que je préfère garder pour moi afin de vous laisser construire la vôtre. Mais pour ceux qui sont moins à l’aise avec les fins ouvertes, je vous propose une interprétation trouvée sur Reddit, que je trouve particulièrement pertinente. https://www.reddit.com/r/A24/comments/1srhlm5/undertone_explanation_major_spoilers/?tl=fr

Undertone - A24

CONCLUSION.

Undertone n’est pas, à mes yeux, le film d’horreur de l’année. Il n’exploite pas pleinement le potentiel de son concept audio, mais reste un premier pas très prometteur pour Ian Tuason, à qui je fais totalement confiance pour la suite de Paranormal Activity.

Malgré ses défauts, j’ai passé un très bon moment devant le film. C’est une proposition imparfaite, mais sincère, portée par une cinématographie agréable et une atmosphère très particulière, celle d’un film que l’on regarde tard, seul, un soir de pluie.

Je recommande d’ailleurs vivement de le découvrir sur ordinateur, avec un casque sur les oreilles. Le film appartient clairement à cette catégorie d’œuvres qui gagnent en intensité sur petit écran. Sa dimension sonore, particulièrement travaillée, mérite d’être pleinement appréciée dans ces conditions.

J’ai hâte de voir ce que proposera Tuason par la suite. Ce premier film est encourageant, même s’il laisse ce léger goût d’inachevé, comme s’il était passé à côté d’un potentiel immense. Mais c’est aussi ça, l’horreur. C’est un genre où il est finalement assez rare d’être pleinement satisfait.

Un prequel semble déjà envisagé, et l’univers pourrait même s’étendre en trilogie. De quoi attiser la curiosité, tant les idées et les concepts esquissés ici laissent entrevoir quelque chose de plus ambitieux pour la suite.

Et un petit mot aussi pour Michèle Duquet, qui passe une bonne partie du film à dormir, et qui le fait avec un sérieux impressionnant. Franchement, si un jour ce genre de rôle bien payé se représente, je veux bien tenter ma chance aussi. Mon expérience d’acteur d’un soir sur un court-métrage en primaire devrait largement faire l’affaire pour ce type de rôle.

7/10

Distribution par A24.